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Etre chômeur, ou ne pas l'être...

... ou comment expérimenter les joies des absurdités de l'administration.

J'ai quitté mon emploi et l'entreprise pour laquelle je travaillais depuis plus de 12 ans il y a 3 mois environ. J'ai quitté cet emploi parce qu'il était toxique pour moi (enfin, les conditions dans lesquelles je l'exerçais), parce que la philosophie de l'entreprise n'était plus en harmonie avec mes valeurs personnelles et parce que j'avais envie de prendre l'air depuis plusieurs années déjà, sans oser franchir le pas.

Bref, au 1er décembre dernier, je suis ainsi passée sans transition du statut de salariée à celui de sans emploi. Démissionnaire, je n'ai droit à aucune indemnité. De ce fait, je n'envisageais pas de m'inscrire au Pôle Emploi. Je ne voyais pas l'intérêt de me faire ficher et surveiller par une institution alors que je n'avais pas de droit au chômage et donc, a priori, pas de devoir en retour pour justifier d'allocations que je ne touche pas. Pourtant, le jour de mon départ, l'assistante RH m'a répété plusieurs fois qu'il fallait que je m'y inscrive. "Mais pourquoi, vu ma situation ?" "Parce que c'est comme ça."

Peu convaincue, j'ai fait ma rebelle pendant un mois. Puis à force d'entendre le même discours de la part de personnes diverses croisées ici ou là, j'ai fini par plier sous la pression populaire et m'inscrire en ligne...

Faire entrer une forme ronde dans un trou triangulaire

Première difficulté : faire rentrer ma situation réelle dans les cases pré-définies. A la première page, je suis plutôt confiante et positivement surprise car je trouve rapidement une case qui correspond à ma situation. Mais dès la page suivante, je déchante car cette donnée ne sera plus jamais plus ni citée ni prise en compte jusqu'à la fin de la procédure.
Je reste donc sceptique sur le bien-fondé de ma démarche mais ne m'inquiète pas outre-mesure en me disant que le rendez-vous à venir avec un conseiller de chair et d'os sera l'occasion d'exposer plus en détail ma situation, mon projet, mes tenants et mes aboutissants. Je suis sûre que ce conseiller saura m'éclairer
(ou du moins, je tente de m'en persuader).

En réalité, ledit conseiller, à force de "je comprends bien" répétés sur tous les tons, ne comprend rien du tout et ne fait que retranscrire dans un autre logiciel, ce que j'ai déjà pris un temps certain à renseigner moi-même en ligne. De même, il note bien, mais trop très rapidement, mon intention de créer ma propre activité, et reconnaît même que l'élaboration du projet est extrêmement chronophage. Cependant, il consacre la majeure partie de l'entretien à l'établissement d'un projet de recherche d'emploi, alors que je n'ai pas du tout ni l'intention ni le temps de rechercher un emploi salarié. Il m'explique alors que c'est pourtant sur cette recherche d'emploi, qui doit être active, "de tous les instants", que le Pôle Emploi jugera mon implication et ma motivation au retour à l'emploi. D'ailleurs, il est confiant : le poste "visé" (celui que je viens donc de quitter volontairement) se trouve assez facilement. Soit. Mais admettons que j'envoie des candidatures. Admettons que je sois recrutée. Si je veux faire aboutir mon projet personnel, il faudra bien que je refuse le poste... "Surtout pas ! il est mal vu de refuser un poste quand on est demandeur d'emploi."

En conclusion, à la fin de ce dialogue de sourds cet entretien, je me trouve face à ce paradoxe : avoir des devoirs envers une administration qui ne m'octroie pas de droits puisqu'elle ne me verse rien et ne m'aidera que peu, voire pas du tout, car comme l'a dit mon conseiller, "finalement, [je suis] autonome dans cette démarche, non ?". Ce que je risque à ne pas remplir mes devoirs ? Être radiée des effectifs et me voir privée d'indemnités (que je ne touche de toute façon pas !...). Que dire ?...

Se faire accompagner, mais pas trop

Parmi mes devoirs, l'obligation de suivre des ateliers divers ; ateliers d'accompagnement de porteurs de projet qui constituent mes droits en nature si l'on peut dire.

Le premier consistait en la présentation des services offerts par le Pôle Emploi  et de son site qui, soit dit entre nous, est loin d'être intuitif et convivial (si tu ne connais pas l'intitulé exact de ce que tu cherches à la virgule près, tu peux mourir desséché avant de trouver quoi que ce soit). Enfin consistait, car il a été annulé pour cause d'intempéries et reporté au calendes. Du coup, si je me plains de ne pas pouvoir trouver de boulot parce qu'on m'a privée de cet atelier, est-ce recevable ?

Le deuxième atelier portait sur la démarche création ou reprise d'entreprise, d'un point de vue essentiellement administratif et légal. Collectif, il était donc très général ; instructif cependant. Mais quand il s'est agi d'entrer plus dans les détails, chacun des participants ayant droit à un entretien individuel, le formateur a botté en touche (toujours à cause de cette histoire de cases...). J'ai quand même émargé ; Pôle emploi garde donc le plaisir de me compter gracieusement à son effectif.

Le troisième est plutôt un programme d'accompagnement, qui a le principal avantage de me donner des échéances, puisqu'il consiste en un entretien express tous les quinze jours pendant 3 mois environ, au cours duquel je dois présenter l'avancée de mon travail et peux éventuellement poser des questions si elles ne sont pas trop complexes. Cette fois encore, le dialogue n'est guère facilité par ce sempiternel besoin administratif de faire rentrer toutes les situations individuelles dans des cases restrictives. Mais je n'ai pas dit mon dernier mot...

Et l'humain, dans tout ça ?

Honnêtement, je ne sais pas si ce programme me sera d'une grande aide, professionnellement parlant. Peut-être que oui, sait-on jamais ? En tout cas, d'un point de vue personnel, humain, je me pose sincèrement la question de la considération qu'à l'institution du demandeur d'emploi. Car, jusqu'ici, à chaque fois, les formations ont lieu dans des locaux à la  limite de l'insalubrité et mal entretenus. Les personnels et bureaux sont mal ou pas du tout identifiés, ni indiqués, et cependant, vous êtes censé savoir précisément de quoi il retourne, faute de quoi le premier vigile ou la première secrétaire croisé(e) vous fait comprendre à quel point vous êtes mal partis dans votre recherche d'emploi. Les bureaux sont mal insonorisés : je ne connais pas son nom ni son visage, mais je sais tout de la situation dramatique du gars qui avait rendez-vous en même temps que moi en janvier, dans le bureau d'à côté. Pour la confidentialité, on repassera ! Et que dire des gens qui s'adressent à vous comme si vous aviez 5 ans d'âge mental ?

La plupart du temps, je m'en moque car depuis le début, je ne compte pas sur Pôle Emploi pour me "sauver", mais il y a quand même des jours où c'est difficile à encaisser.
Humilier ou diminuer tacitement les demandeurs d'emploi n'est pas forcément la meilleure méthode pour leur redonner confiance en la société et envie de retourner au travail. Surtout en ces temps où la bienveillance est à toutes les sauces sur toutes les bouches.

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À propos

Nanie

Femme de prof, mère de deux Scarabouils et d'une Grenabée, je dépose ici les aléas et anecdotes qui feront les souvenirs de notre vie de famille
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France 22/03/2018 21:46

Ils font du zèle chez toi. Chez nous, ils nous convoquent quand ils ont le temps. Mais bon, ça fait deux ans que je suis radiée car je suis en congé parental, ça a peut-être changé depuis. En tout cas, je trouve ça fort de te faire inscrire alors que tu ne reçois pas d'allocations. Ca ne me serait même pas venu à l'idée de m'inscrire sachant que je n'aurais pas d'allocations.
Bon courage pour la suite. C'est peut-être juste parce que c'est le début, ils vont s'essouffler. ;-)

Nanie 23/03/2018 07:58

Je ne pensais pas non plus m'inscrire, au départ. Après, je peux bénéficier de cet accompagnement auquel je n'aurais pas eu droit sinon... Mais je pense aussi qu'ils vont s'essouffler, surtout quand ils constateront que, pour le moment, je ne suis pas dans une recherche ACTIVE d'emploi.